Hotel / AirBnB: la guerre des prix est-elle perdue ?

Temps de lecture: 5 minutes

Les témoignages de personnes qui se plaignent des prix exorbitants des hôtels dans la capitale se multiplient. En tombant sur un client qui se répandait sur un réseau social, de la manière suivante :

 

De toute manière avec des prix pareils sur Paris, faut pas s’étonner que les gens aillent sur AirBnB. Un hôtel à 200 euros la nuit c’est abusé.

 

À la rédaction on s’est donc posé la question de savoir si oui ou non la guerre des prix dans une grande ville comme Paris, était déjà perdu entre les locations courtes durées et les hôtels.

On a donc effectué des recherches et on vous livre les résultats dans les tableaux ci-dessous.

Afin que les résultats soient comparables, nous allons poser tout de même quelque pré requis obligatoire.

Facteurs de recherches

La recherche s’effectue sur Paris et proche banlieue uniquement. Nous recherchons une chambre pour 2 adultes et 1 enfant de 8 ans et la période sera du 13 juillet au 20 juillet prochain. Ces paramètres de recherches seront les mêmes, quelle que soit la plateforme utilisée.

Nous allons faire une première recherche sur Booking.com pour chercher des hôtels qui correspondent à nos critères. Nous avons sélectionné uniquement les hôtels correspondant à un standing 3 étoiles afin que les résultats ne soient pas trop épars.

Voici le tableau des résultats.

 

Tableau Hotel via Booking.com

Vous remarquerez que seul un hôtel propose le petit déjeuner compris. Pour la proche banlieue nous nous sommes contenté de reporter Issy-les-Moulineaux, mais nous avons trouvé des résultats similaires sur Asnières sur seine par exemple et sur de nombreuses villes qui jouxtent paris.

 

Nous avons ensuite effectué ces mêmes recherches sur la plateforme AirBnB. Et nous avons respecté les quartiers arrondissements et même rue pour être certains de comparer des résultats plus ou moins identiques. Voici le tableau des résultats.

Tableau AirBnB

 

Vous constaterez avec effroi que les prix sont tréééés inférieurs sur une location courte durée. Donc on peut dire avec certitude que sur le prix final, la guerre des prix est gagnée.

 

Néanmoins on doit pondérer les résultats suivants. Ils sont trompeurs pour des tas de raisons.

La comparaison ne se fait que sur le prix final au fond, car sur les standings et les services il est très compliqué de comparer un hôtel avec un studio, même s’ils sont dans la même rue.

Dans le cas de la location, c’est un petit appartement (un studio généralement) qui est soit assez confortable pour accueillir des voyageurs, mais qui vous laisse démuni face à vous. Pas de renseignements, de concierge, de nettoyage quotidien par des femmes de chambre. Aucune possibilité de service en chambre non plus. Une literie parfois sommaire (canapé-lit pour la plupart des literies proposées), et une promiscuité avec un voisinage qui ne sera pas forcément « heureux » de voir un nouvel arrivage de touristes  dans cet appartement qui voit défiler du AirBnB à longueur de saison.

 

De plus les locations courtes durées ne peuvent pas afficher un prix avec ménage de fin de séjour compris. Ce qui veut dire que certains propriétaires vont vous faire payer en sus le ménage de fin de séjour. Ce qui peut faire un tout petit peu grimper la facture finale.

 

Mais même si l’on compte cela, les écarts de prix sont importants. Trop important pour un client lambda.

N’oublions pas que le client lambda pense d’abord prix avant de penser standing ou service. Un client qui cherche à partir en vacances à défini son budget bien avant de partir, et il faut que le budget logement rentre dans ses attentes, voir soit en dessous. Et c’est là que le problème se pose.

La différence de conception.

 

Là où un hôtelier va devoir penser, charges, personnel et seuil de rentabilité, le Vacancier lui ne pensera qu’à une chose : avoir le prix le plus bas en fonction de son budget.

Ce qui en clair signifie, que une famille qui a décidé de mettre 70 euros par nuit dans logement, ira plus facilement vers un logement qui sera à 68 euros par nuit. Et elle aura en prime la sensation d’avoir fait une bonne affaire.

 

Les notions de services et de standing ne viennent que plus loin. Une fois le séjour passé.

 

Autre problème. Le touriste qui cherche une chambre dans un hôtel s’attend forcément à un standing très supérieur à ce qu’une location AirBnB pourrait offrir. Les prix plus élevés lui font penser que les prestations sont forcément bien plus importantes.

 

On a donc d’un côté un vacancier très exigeant dans un hôtel, mais moins dans une location, qui cherche le meilleur prix. Et de l’autre des Hôteliers qui ont des contraintes phénoménales pour gérer un hôtel, et des loueurs urbains qui eux sont quasi épargnés par toutes formes de contraintes.

 

Il y a effectivement un fossé énorme qui explique beaucoup de choses. Mais pas assez clairement pour les vacanciers.

Mais…

Il y a néanmoins un point sur lequel la différence pourrait bien être salutaire pour les hôteliers. Le rapport Confort/Durée.

On note que plus le séjour dure, et plus un vacancier va chercher le service et le confort. Au-delà de 3 jours, le vacancier moyen va être plus sensible au fait que le ménage sera fait tous les jours dans une chambre, que ses draps seront changés et qu’il pourra trouver un accueil et des renseignements sur place.

En somme, les séjours de plus de 3 jours sont par essence plus proches de l’hôtellerie que de la location urbaine. Ce qui va faire la différence ce sera les offres et les services premium qui seront en front sur les OTA ou sur le site de l’hôtelier (voir article ici).

Donc…

En conclusion, bien que ces résultats soient effectivement très distants en termes de prix, ils sont par nature discutables.

Les prestations, les obligations, et les taxes sont différentes d’un côté et d’un autre. Il suffit de se poser une simple question qui résume toute la difficulté du jugement final lors d’une réservation :

Est ce que l’endroit que je vais réserver peut me garantir une sécurité optimale pour moi et ma famille ?

Dans le cas d’une location AirBnB chez un loueur urbain non pro, il est évident que non. Alors que dans un hôtel les normes incendie, détections fumées, les protocoles de gestion des biens et des personnes sont drastiques. Et c’est à tout le problème. Le seul point de comparaison est, et reste le prix final. Donc oui, sur le prix, les loueurs non pros sont effectivement beaucoup moins chers.

Mais à quel prix ?

Cette tendance à L’« Ubérisation » des métiers et services, est révélatrice d’un cercle vicieux. L’« amateurisation » a certes fait baisser les prix pour le consommateur final, mais cela amorce une courbe descendante exponentielle, un déclin qui est en marche.

Outre le fait que les grandes villes réagissent en limitant le nombre de jours à la location dans leurs centres-ville, le phénomène qui va être plus inquiétant, c’est la perte d’emploi lié cette désertion des formats professionnels au profit de la compétitivité sans limites.

Pour rappel l’hôtellerie restauration et l’un des secteurs en France qui embauche le plus et sur tous types de contrat.

Or, la perte de vitesse des Hôteliers face à cette nouvelle concurrence fait immanquablement écho à des suppressions de postes. Et ce chômage va appauvrir tout d’abord le secteur avant de paupériser un pays.

Cette compétitivité soudaine et ces prix bas qui auront fait leurs effets durant ces années vont être bien plats lorsqu’il n’y aura plus personne pour les consommer.

Il faut donc se poser les bonnes questions afin de pérenniser toutes les activités :

Faut-il redistribuer les rôles en France ?

Doit-on demander aux législateurs de définir un seuil maximum de jours pour une location chez un non pro ? Cela dans le but de permettre aux hôteliers de toujours avoir les séjours vacances de plus de 3 jours par exemple. Ainsi, les offres, et les services seraient mieux répartis.

Les hôteliers doivent-ils se réorganiser ? Doivent-ils sauter sur l’opportunité de devenir des conciergeries pour les loueurs de leurs quartiers ? Peuvent-ils profiter de leurs personnels et de leurs expériences pour prendre aux loueurs un pourcentage non négligeable de ces clients qui ne seraient pas venus chez eux ?

Les questions restent posées, et chacun doit désormais y répondre.

Retrouvez aussi notre enquête:

Existe t’il un algorithme secret chez Booking.com?

Partagez...

Michel Webmarketing

Michel est le spécialiste Webmarketing. Il conjugue toutes les disciplines acquises durant bientôt 20 ans de terrain, pour mieux servir les intérêts de ses clients. Psychologie cognitive; PNL; Web marketing; SEO; Adwords; Analyse transactionnelle; Scrum; Gestion de la communication... et bien plus encore. Auteur de nombreux ouvrages, conférencier, et animateur d'atelier, Il met son savoir aux services des professionnels exigeants, qu'ils soient débutants ou confirmés.

RSS