Emploi dans l’Hôtellerie Restauration: La crise de trop ?

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Alors qu’un récent sondage montrait que les Français étaient nombreux à vouloir partir en vacances cet été, le secteur de l’hôtellerie connaît une crise du recrutement. Hervé Becam, Vice président Confédéral de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH), était l’invité du 7h10 de Sud Radio pour en parler.

« C’est une situation dramatique pour nos entreprises, on ne trouve pas de collaborateurs » déclare Hervé Becam. 50 000 CDI sont en effet à pourvoir dans le domaine de l’hôtellerie mais les établissements peinent à trouver preneurs. Cette situation inquiète le vice-président de l’UMIH. « Il y’a des établissements qui sont obligés de fermer des services ou de fermer un jour de plus par manque de personnel, ça fragilise », déclare-t-il sur Sud Radio.

Pourtant, le domaine des cafés, hôtellerie, restaurants (CHR) c’est 80 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 220 000 entreprises en France et 8 % du PIB. Hervé Becam espère-t-il une aide de l’État pour pouvoir régler ce problème ? « Non nous ne demandons pas l’aide du gouvernement. Nous demandons à ce que des processus soient mis en place pour que l’on puisse retrouver un bon niveau de formation, je pense notamment à l’alternance« , répond-t-il.

« Notre secteur d’activité, c’est 34 métiers différents et beaucoup sont en tension : les cuisiniers, les serveurs en salle mais aussi les femmes de ménages ou les gouvernantes. Pourtant ce sont des métiers qui offrent le plus d’évolution de carrière. Un jeune qui rentre avec peu ou pas de formation peut ressortir chef d’entreprise » assure Hervé Becam. Pour lui, cette crise du recrutement s’explique en partie par un problème d’orientation des jeunes et une mauvaise image du secteur qui nuit à l’attractivité de ces métiers.

En ce début de saison estivale, cette pénurie d’emplois pourrait représenter un manque à gagner conséquent pour les entreprises qui estiment avoir déjà perdu 200 millions d’euros avec la grève de la SNCF. (Source https://www.sudradio.fr/economie/herve-becam-umih-on-ne-trouve-pas-de-collaborateurs-cest-dramatique/?fbclid=IwAR2nst8Sth6RJfHR7QMwUSNzvx1W4EbIKt1MZ7SKmLR13zw8Ow_JlNwVh9Y#)

Pourtant, le gouvernement promettait il y a quelques mois à peine des mesures qui se voulaient pérenne pour la profession. Voici un extrait de notre tribune sur le sujet.

Promesses et réalité.

Il est souvent compliqué de faire le tri dans ce que les gouvernances successives ont pu annoncer et faire pour notre métier. Les montants dépensés sont annoncés avec beaucoup de force, et on peut se dire que cela profitera à la profession de manière générale. Mais, quand on se penche dessus on se rend vite compte que ce que la main droite donne, la main gauche le reprend.

 

« L’enjeu est de davantage attirer les talents, sécuriser les parcours, mieux former les jeunes et les salariés, les fidéliser et éviter le turn-over. L’outil de formation initial tourne bien, mais les jeunes ont tendance à ne pas rester dans la filière

[…]Des moyens conséquents à hauteur de 1,35 million d’euros ont été engagés par l’État et les professionnels dans le cadre de ce contrat EDEC (Engagement de développement de l’emploi et des compétences) »

Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État au quai d’Orsay chargé du Tourisme.

 

Pour le secrétaire d’État l’une des solutions à ce type de problème serait liée à une difficulté pour recruter et former les personnels. Ils comptent donc mettre en place une plateforme « unique » des métiers. Elle aura pour but de « de faire se rencontrer l’offre et la demande dans tous les domaines du tourisme ». Son coût de développement est estimé à 300 000 euros, et sera mis en place d’ici fin 2019.

 

1,35 million, 300 000 euros. Ce sont des chiffres qui nous font rêver. Le gouvernement aurait-il pris conscience que notre profession a besoin de cet argent pour mieux rémunérer et former notre personnel ? Une baisse des obligations et taxes serait envisageable ? Une exonération sur les nouvelles embauches et un fonds de formations plus efficaces ?

Eh bien non…

Pour remettre les choses en contextes, la dépense de 1,35 million d’euros concerne principalement le contrat EDEC qui traite effectivement le problème de l’hôtellerie, mais aussi des espaces culturels, des casinos, du spectacle vivant ou du transport touristique. Ce qui remet donc la profession à l’état de peau de chagrin encore une fois, car elle va devoir partager cette somme avec pas mal de branches.

Le gouvernement fait par contre porter le poids des éventuelles augmentations de salaire à la profession seule. Aucune mesure concrète de la part du gouvernement pour que cela soit possible pour la profession.

On vous met 1,35 million d’euros sur la table pour vous et vos copains du secteur, casinos ou espace culturel, donc soyez heureux.

Le souci néanmoins, est que cette somme sera un moyen détourné pour le gouvernement de financer sa réforme des OPCA vers OPCO et sa volonté de créer (à terme) une branche spécifique du pôle emploi, qui serait un spécialiste de l’emploi CHR.

Ce qu’il faut craindre.

Ce qui est à craindre, dans le temps, c’est que le gouvernement favorise sa baisse des chiffres du chômage en mettant durant un temps, tous ses chômeurs dans une formation « qualifiante » rapide en CHR. Mathématiquement il favorisera l’emploi, et fera augmenter les embauches du secteur. Mais, il fera rentrer dans notre profession un très grand nombre de personnes qualifiées rapidement, voire à la va-vite, dans un métier qui ne peut pas convenir à tous. Il fera ensuite porter le poids des formations supplémentaires aux Hôteliers par le biais des OPCO. Ces mêmes OPCO qui dés à présent favorise les formations en distancielles et refusent régulièrement les dossiers de formations en intra entreprises. Les nouveaux arrivants dans notre profession devront soit faire des formations en inter entreprises (donc absence du lieu de travail, et impossibilité de faire une mise en application concrète dans le poste de travail. Formation purement théorique qui ne concernera qu’une partie bien spécifique du socle d’acquis. Apprentissage de langues, par exemple). Soit faire des formations ultras théoriques en distancielles (utilisation d’un logiciel par exemple et encore il faut que ce soit acceptable par l’OPCO ce qui n’est pas gagné).

 

Encore une fois notre profession sera en première ligne pour accueillir l’ensemble des chômeurs et des personnes sans idées fixes sur leurs envies d’avenir. Cela ne peut pas favoriser les emplois durables, et nous aurons tout de même un gros turn-over sur les postes les moins reluisants ou rémunérateurs. Nous ne pourrons pas proposer de grosses évolutions aux plus motivés, car les formations seront à la charge des employeurs, alors que nous cotisions aux fonds de formations, mais que voulez vous mon bon monsieur, on ne peut pas tout financer. Faut faire des choix.

Or, financer une formation en langue n’est pas forcément une première nécessité pour des postes spécifiques. Je préférerais que nous puissions financer des formations sur l’utilisation concrète des Channel Manager, ou sur la gestion de l’E. réputation. Cela serait plus utile, et compléterait des postes en évolutions permanentes.

De l’autre côté, le gouvernement se défaussera (comme d’habitude) sur la profession et arguera que les dépenses ont été faites pour nous.

 

#DindonDeLaFarce

Cette fois ci, et comme toutes les autres fois, notre position d’employeurs en manque de main-d’œuvre nous positionnera en dépotoir de Pôle emploi, qui nous balancera tous les ersatz de travailleurs, gentiment formés avec nos cotisations. Il ne faudra pas long pour s’apercevoir que 80 % de cette main d’œuvre parte d’elle même en fin de saison. Horaires trop spécifiques, vie familiale complexe, exigences d’excellence complexe à comprendre, salaire attrayant, seulement si l’on persévère et l’on accepte de se former dans des écoles et non avec un QCM sur un écran 2H00 par semaines.

Alors qu’on se le dise une fois pour toutes.

NON, nous ne sommes pas des métiers comme les autres. OUI, nous sommes effectivement une profession à part. On est à la fois des acteurs, des comédiens, des psys, des assistantes sociales, des défouloirs humains à toutes les frustrations accumulées durant une année, des amis, des confidents, des guides touristiques, des dépanneurs, des témoins de toute l’humanité qui caractérise nos contemporains. On n’est pas comme les autres.

Nos métiers ne sont pas simples, ou agréables mais ils sont plaisant à qui sait les voir comme des tremplins humains. Et il faut beaucoup de recul et d’intelligence pour sourire en nous levant le matin pour ouvrir nos desks ou faire une chambre. Nous ne sommes pas des pourvoyeurs d’emplois. Que le gouvernement prenne conscience de cela rapidement, car il va favoriser l’Uberisation de notre profession.

Et toi qui va poser ton CV dans un CHR, rappelle-toi toujours qu’au fronton de chaque établissement est écrit à l’encre invisible :

Qui entre ici doit se connaître pour comprendre l’univers dans lequel il devra naviguer.

 

 

Or, cette tribune fait aujourd’hui écho à une situation insoutenable pour l’ensemble d’une profession qui n’a plus les moyens nécessaires pour attirer des collaborateurs de manière durable. Ce métier était un métier dur, et il l’est toujours aujourd’hui, mais celui ci était un métier rémunérateur. Celui qui n’avait pas peur et qui ne comptait pas ses heures pouvait mettre pas mal de cotés et vivre confortablement.

 

Avec ses reformes successives et sa volonté de contrôler les liquidités de cette profession, les gouvernances ont peu à peu « vidées» les réserves de mains d’œuvres. Plus assez rémunérateurs, plus assez d’avantages. Il était normal que la profession n’attire plus. Si pour un salaire minimum sans pourboires, ont doit faire plus d’heures que quelqu’un qui est assis derrière une caisse. Alors pourquoi aller courir entre des rangs ou faire des chambres ? Et c’est bien humain que de se dire cela.

 

La profession se voit contrainte à une métamorphose qui n’est pas de son fait, et comme nous pourrions le craindre ; ce sera encore est toujours au profit de grands groupes qui imposeront un modèle économique servile à de la main d’œuvres qui ne pourra pas se qualifier trop vite, sous peine de prendre de la valeur.

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Michel Webmarketing

Michel est le spécialiste Webmarketing. Il conjugue toutes les disciplines acquises durant bientôt 20 ans de terrain, pour mieux servir les intérêts de ses clients. Psychologie cognitive; PNL; Web marketing; SEO; Adwords; Analyse transactionnelle; Scrum; Gestion de la communication... et bien plus encore. Auteur de nombreux ouvrages, conférencier, et animateur d'atelier, Il met son savoir aux services des professionnels exigeants, qu'ils soient débutants ou confirmés.

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